Trois salariés d’Amazon ont été convoqués par les ressources humaines (RH) après avoir témoigné devant le conseil municipal de Seattle en faveur d’une régulation des data centers. Ils accusent leur employeur de représailles illégales, et demandent même l’ouverture d’une enquête aux autorités locales. Ambiance.
On le sait, la demande en data centers explose pour répondre à la croissance folle de l’intelligence artificielle (IA). Mais ces infrastructures, indispensables pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA, consomment d’énormes quantités d’électricité et d’eau. De quoi susciter une contestation toujours plus féroce dans plusieurs villes américaines, où riverains et collectivités s’inquiètent de l’impact sur les réseaux locaux.
Témoignage contre la construction de nouveaux data centers
C’est notamment le cas à Seattle, où quatre entreprises ont déposé des projets pour construire cinq data centers de grande taille dans la ville. Combinés, ces projets représentent jusqu’à un tiers de la consommation électrique moyenne de la métropole, soit dix fois plus que les data centers déjà existants.
Face à ces chiffres, le conseil municipal a voté, ce 9 juin, un moratoire d’un an sur les nouvelles constructions, le temps d’étudier leurs conséquences sur l’usage des sols, la santé publique, l’eau, l’emploi et les tarifs d’électricité. Avant de se décider, les élus ont notamment échangé avec Patrick Schloesser, Darius Irani et Liesl Wigand. Tous employés d’Amazon, ils font partie d’Amazon Employees for Climate Justice, un groupe de salariés mobilisés sur les questions climatiques.
Conscients du risque, ils ont pris soin de citer dès leur prise de parole une loi de Seattle qui protège les salariés contre toute discrimination liée à leurs opinions politiques, et ont rappelé qu’ils témoignaient en leur propre nom. Une semaine plus tard, et un jour seulement après l’adoption de la mesure, ils ont chacun été convoqués séparément par le service RH d’Amazon. Une expérience qu’ils ont visiblement mal vécue.
Logo Amazon. ©Alejandro Guzmani / Shutterstock
Une enquête pour violation des politiques internes
Ils ont notamment été interrogés sur la teneur de leurs propos devant le conseil municipal, Amazon évoquant une violation de sa politique de communication. Darius Irani explique que la responsable RH l’a interrogé sur les autres employés d’Amazon présents aux auditions, et s’être senti dos au mur. Des menaces de sanctions disciplinaires, pouvant aller jusqu’au licenciement, auraient également été proférées.
« Nos collaborateurs sont toujours libres de parler de leur environnement de travail, mais nous avons des politiques qui interdisent de s’exprimer en tant que représentant de l’entreprise sans suivre certaines procédures (…) nous enquêtons pour savoir s’il y a eu violation de nos politiques et nous pourrions, ou non, prendre des mesures selon ce que nous trouverons. Il est important de noter que nous ne tolérons pas les comportements de représailles », a réagi Margaret Callahan, porte-parole d’Amazon, dans les lignes de The Verge.
« Il est également inexact de dire que nous avons prévu de licencier ces employés ou que nous leur avons dit qu’ils risquaient leur poste », précise-t-elle. Les trois hommes, eux, ont décidé de déposer une plainte formelle auprès du Seattle Office for Civil Rights. Ils dénoncent une discrimination liée à leurs opinions politiques.
Cette affaire intervient alors qu’Amazon a massivement investi dans ses infrastructures cloud ces dernières années, Amazon Web Services (AWS) s’imposant comme l’un des piliers de sa croissance et un acteur central de la course mondiale à l’IA.


