Au Burkina Faso, la bataille pour la souveraineté technologique et industrielle pourrait aussi se jouer dans les salles de classe. Avec le lancement du concours national « Youki’f Maths-PC », les organisateurs veulent repositionner les mathématiques et les sciences physiques comme des piliers stratégiques du développement numérique, industriel et technologique du pays.
Portée par l’Association Sciences et Développement (ASD) et le Réseau des professionnels des gestionnaires des ressources humaines (RPGRH), sous la coordination technique du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle, cette première édition réunira près de 1 000 élèves de terminale des séries scientifiques C, D et E à travers les 13 régions du Burkina Faso.
Un concours scientifique pensé comme un levier de développement technologique
Contrairement aux olympiades classiques souvent limitées à la compétition académique, « Youki’f Maths-PC » ambitionne de créer un véritable vivier national de talents scientifiques capables de répondre aux défis technologiques et industriels du Burkina Faso.
Pour les initiateurs, les mathématiques, la physique et la chimie restent au cœur des métiers d’avenir : intelligence artificielle, cybersécurité, ingénierie, énergie, télécommunications, robotique ou encore développement industriel.
« Les matières scientifiques sont essentielles à la formation des futurs ingénieurs et au développement de toute nation », a expliqué Ousmane Sanduidi, chef de projet, lors de la présentation officielle du concours.
Selon lui, cette initiative vise aussi à combattre plusieurs freins persistants : la peur des disciplines scientifiques, les difficultés pédagogiques et la faible valorisation sociale des filières STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques).
Une organisation inspirée des examens nationaux
Les épreuves régionales se dérouleront le 16 mai 2026 simultanément dans tout le pays. Les trois meilleurs candidats de chaque région accéderont ensuite à la phase nationale prévue le 30 mai.
Pour garantir la crédibilité du concours, les organisateurs indiquent avoir mis en place un dispositif similaire à celui du BEPC et du baccalauréat : commission de conception des sujets, validation par des inspecteurs et acheminement sécurisé des épreuves.
Aboubacar Paré, inspecteur de l’enseignement secondaire, précise qu’une équipe d’enseignants expérimentés et d’inspecteurs a été mobilisée afin d’assurer un niveau d’exigence élevé.
Former les talents scientifiques de demain
L’un des aspects les plus innovants du projet réside dans l’accompagnement des lauréats au-delà du concours lui-même.
Les meilleurs candidats bénéficieront de bourses universitaires couvrant les trois premières années d’études supérieures. Une stratégie qui traduit la volonté des promoteurs de soutenir durablement les futurs profils scientifiques du pays.
Au total, plus de 40 récompenses seront attribuées sous forme de bourses, de primes financières et de kits.
Le premier prix national est évalué à 2,5 millions FCFA, comprenant une prime d’un million FCFA et une bourse annuelle de 500 000 FCFA pendant trois ans.
Science, souveraineté et révolution numérique
Pour Dr Claude Aimé Tassembedo, coordonnateur technique du concours, le Burkina Faso ne pourra atteindre une véritable souveraineté sans investissement massif dans la science et l’innovation.
Selon lui, les compétitions scientifiques peuvent devenir des outils puissants pour stimuler l’intelligence pratique des jeunes et préparer une génération capable d’accompagner la transformation numérique et industrielle du pays.
Dans un contexte où l’Afrique cherche à accélérer sa transition technologique, des initiatives comme « Youki’f Maths-PC » illustrent une tendance de fond : miser sur le capital humain scientifique pour construire l’économie numérique de demain.
Au-delà des récompenses, le concours envoie surtout un message fort : les mathématiques et les sciences physiques ne sont plus seulement des matières scolaires, mais des compétences stratégiques pour l’avenir technologique du Burkina Faso.


