Les requêtes Google atteignent un sommet historique, portées par l’IA que tout le monde pensait fatale au moteur.
Depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, la prophétie était écrite d’avance. Les chatbots allaient rendre la recherche par mots-clés obsolète, et Google mourrait à petit feu. Trois ans plus tard, Alphabet vient de publier ses résultats du premier trimestre 2026. Il y a un an, les chiffres étaient déjà solides. Cette fois, ils sont écrasants. Le constat est l’inverse exact de la prédiction. Le nombre de requêtes sur Google Search n’a jamais été aussi élevé. Et l’IA en est la cause, pas la conséquence.
Alphabet signe un Q1 historique porté par le Search et le Cloud
Le chiffre d’affaires consolidé d’Alphabet atteint 109,9 milliards au premier trimestre 2026, en hausse de 22 % sur un an. Les analystes tablaient sur 107 milliards. Le bénéfice par action, à 5,11 milliards, dépasse le consensus de 91 %. Sundar Pichai, dans le communiqué officiel, résume la situation en une formule : « 2026 is off to a terrific start. »
Le moteur de recherche reste le cœur du réacteur. Google Search et les revenus associés pèsent 60,4 milliards de sur le trimestre, soit une progression de 19 %. Alphabet en est à son onzième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres. Google Cloud, de son côté, bondit de 63 % pour atteindre 20 milliards. Son carnet de commandes a quasiment doublé en un trimestre, dépassant les 460 milliards. La marge opérationnelle grimpe à 36,1 %, contre 33,9 % il y a un an.
Côté IA, Gemini traite désormais plus de 16 milliards de tokens par minute via son API. C’est 60 % de plus qu’au trimestre précédent. AI Overviews et AI Mode, intégrés directement dans le moteur, sont selon Pichai les principaux moteurs de la hausse des requêtes.
L’IA n’a pas tué Google, elle l’a rendu plus collant
En 2023, des analystes promettaient à Google le sort de Yahoo. ChatGPT Search, Perplexity, Copilot dans Bing : les challengers IA ne manquaient pas. Le scénario d’un exode massif vers les chatbots semblait crédible (au moins dans les conférences tech). Sauf que Google a fait exactement ce que les géants font quand la disruption arrive : il l’a absorbée.
AI Overviews, ce résumé généré par IA en haut des résultats, couvrait 6,49 % des requêtes aux États-Unis en janvier. Deux mois plus tard, le chiffre a doublé à 13,14 %. La fonctionnalité ne détourne pas les utilisateurs du moteur. Elle les y retient plus longtemps, un peu comme un supermarché qui ajouterait une boulangerie à l’entrée. Google a transformé un argument de vente de la concurrence en fonctionnalité maison (un classique à Mountain View).
En France, la situation est assez particulière. AI Overviews n’y est toujours pas disponible, bloqué par le contentieux sur les droits voisins de la presse. Google le confirmait encore la semaine dernière au salon Food Hotel Tech. Le moteur domine donc le marché français sans même avoir déployé son arme principale.
Google détient 86,81 % de parts de marché tous supports confondus en mars 2026, et 94 % sur mobile. L’ensemble des alternatives IA ne dépassent pas 2 % du volume mondial de requêtes. Pour les éditeurs web et les annonceurs français, le terrain de jeu reste le même. Optimiser pour Google n’est pas un choix, c’est l’absence d’alternative crédible. Le DMA européen oblige certes Google à proposer un écran de choix de moteur sur Android. Mais les habitudes de 67 millions d’internautes ne se modifient pas par décret.
Une seule donnée devrait inquiéter Alphabet, et c’est une statistique de niche. Sur desktop, sa part est tombée à 79,1 %, un plus bas en vingt ans. Mais les recherches desktop ne pèsent plus qu’une fraction du trafic global. La hausse des requêtes mobiles compense largement.
Source: Clubic


