Liam, presque 12 ans, a conçu avec l’aide de son papa SoughIA, une application de révision qui veut couvrir le programme scolaire du CP à la Terminale. Le garçon l’a développée avec Claude Code, en vibe coding, à partir d’un simple brouillon.
Jeune garçon de pas encore 12 ans à la tête bien pleine, Liam a conçu SoughIA, une application de révision dont les leçons sont générées par l’intelligence artificielle, appli pensée pour accompagner les élèves du CP à la Terminale. Il l’a développée en vibe coding avec Claude Code, l’assistant de programmation d’Anthropic, à partir d’un brouillon manuscrit et sous l’Å“il bienveillant de son père, dirigeant d’un cabinet de conseil en IA à Strasbourg. Le prototype fonctionne déjà , mais il n’est pas encore ouvert au public et doit d’abord passer l’épreuve d’un test… dans la classe de Liam. Clubic raconte cette belle histoire.
Avec Claude Code, un enfant de 11 ans a créé sa propre appli de révision
Tout part d’une simple feuille de papier, remplie à la main par Liam, ratures et flèches comprises. En haut à droite, il hésite encore entre ChemaIA et SoughIA pour le futur nom. Au centre, Liam aligne quatre idées d’intelligence artificielle : l’une pour dessiner des BD, une autre pour concevoir des machines et des expériences de chimie, une troisième pour trier les mails. La dernière, une IA d’aide aux devoirs capable de s’adapter au niveau de l’élève, décroche la coche. Dans ses rêves de départ, elle devait même aider à réviser le permis de conduire et parler toutes les langues.
Et parce qu’il n’y a pas que des hasards dans la vie, son père, Yaniv Adjedj, dirige Reboot Conseil, une société de conseil en IT, IA et cybersécurité, installée à Strasbourg. Liam s’est d’abord initié à la programmation avec Scratch, un outil pensé pour les enfants avec lequel on assemble des blocs comme les pièces d’un puzzle. Il a ensuite suivi, une fois par semaine entre midi et deux, des cours de Python, un langage de programmation très répandu, dans les locaux de l’entreprise. Son papa lui a aussi appris à structurer une idée avant de la coder. « Je lui ai montré comment brainstormer, lister des idées, diverger, puis converger vers quelque chose qui l’intéresse », nous raconte-t-il. Autrement dit, ouvrir d’abord toutes les pistes, puis n’en garder qu’une, exactement ce que montre la feuille. Après s’être fait la main sur des projets plus simples, Liam a mis plusieurs semaines à imaginer et concevoir SoughIA.

Le brouillon de Liam, où l’idée d’une IA d’aide aux devoirs l’emporte sur trois autres projets, avant de devenir SoughIA.
Vient ensuite le vibe coding, cette manière qui fait des adeptes et qui consiste à programmer en décrivant à une IA ce que l’on veut obtenir. « Je lui ai donné un ordinateur et un accès à Claude Code et ensuite, il a itéré », résume le père. Le choix du modèle n’a rien d’un hasard. « Volontairement, je lui ai donné accès à un modèle assez faible », précise-t-il, en l’occurrence Claude Sonnet 4.6. Le garçon n’a eu droit au plus costaud Opus 5.5 qu’en fin de parcours, pour faire passer un cap à son projet.
« Je l’ai surtout encadré pour faire avancer son projet sans l’orienter, c’est ses choix et sa vie. » Yaniv Adjedj tient à le dire. Liam a nourri ses idées en discutant avec sa mère et avec des camarades de classe, et il a amélioré l’application au fil de ses propres envies, en s’en servant lui-même. Une leçon retenue en route, selon son père : « Il a très bien compris que c’est mieux quand on développe et qu’on est aussi utilisateur. »
Le projet a aussi appris à Liam à sortir de sa bulle. Comme il passait régulièrement dans les bureaux de son père, il en parlait de temps en temps aux personnes qui y travaillent, jusqu’à présenter son application devant l’équipe, à la manière d’un développeur qui montre son travail en réunion. « C’est un vrai apprentissage que de faire et de s’exposer », observe son père, pour qui le garçon a « bien surmonté la timidité de son âge pour parler avec passion ».
Une application de révision qui fait travailler avant de faire jouer
Sur le fond, SoughIA reprend la mécanique d’un cours bien mené, ramassée en une dizaine de minutes. L’élève suit une leçon de trois minutes, au rythme lent, moyen ou rapide, puis enchaîne deux exercices de compréhension et une évaluation notée sur 20. Sous la barre des 6/20, un rattrapage surprise l’attend le lendemain. Ça se termine à chaque fois par un résumé oral du cours précédent, en cinq phrases. Sur son brouillon, Liam avait même prévu des appréciations. Entre 13 et 16, l’élève pouvait encore s’améliorer, et au-delà de 16, la notion était considérée comme parfaitement acquise. Au premier lancement, un test de mémoire visuelle ou auditive ajuste la façon d’expliquer, et les chapitres suivent le calendrier scolaire de chaque classe.
Alors d’où viennent ces leçons ? SoughIA ne contient pas de manuels tout prêts, mais un immense sommaire de 3 510 chapitres répartis sur douze niveaux, chacun réduit à un titre et à une phrase qui fixe l’objectif. Quand l’élève ouvre un chapitre, c’est une IA qui rédige le cours en direct. Le travail est confié à gpt-oss, des modèles d’OpenAI que chacun peut télécharger et faire tourner librement, par l’intermédiaire de la Lamalo Engine, un aiguilleur qui envoie chaque demande vers le bon modèle et que le père présente comme « notre outil ». Une version plus grosse du même modèle se charge ensuite des vérifications. La quasi-totalité de ce que lit l’enfant est donc écrite par une machine, et l’application l’invite d’ailleurs à signaler les erreurs. L’objectif, à terme, est d’y associer les enseignants, pour que l’appli soit « pilotée finalement non par l’intelligence artificielle mais par les enseignants en utilisant l’IA comme un outil ».
Le garçon a eu le souci du détail, et de l’inclusivité. Des modes dédiés aux troubles dys et au TDAH ajustent l’affichage et les consignes, avec une police adaptée, des phrases courtes et lecture à voix haute pour la dyslexie, des leçons plafonnées à 300 mots pour le TDAH, et un temps doublé au calcul mental en cas de dyscalculie. « Liam y a pensé naturellement », assure son père, sans préciser si des spécialistes ont été consultés.
Pour souffler, la salle de jeux (échecs, dames, Motus, Géo-Explorer…) glisse des questions en pleine partie, et les pièces se gagnent surtout en apprenant. Les adultes ne sont pas oubliés, soyez rassurés. Un espace parents protégé par code affiche les notes par matière, le temps réellement passé à apprendre et les notions fragiles ou pas encore maîtrisées. Les parents peuvent aussi fixer les horaires et le temps de jeu. Quant aux enseignants, ils peuvent éditer un bilan PDF à partager avec les familles.

Dans la salle de jeux de SoughIA, les matchs de football et de basket en 3D côtoient échecs, Motus et Géo-Explorer.
Pas de modèle économique, juste un premier test en classe
Pour l’heure, SoughIA reste un prototype. L’application web, qui s’installe comme une appli classique et fonctionne même sans connexion, n’est pas encore ouverte au public. Elle repose sur les briques de base du web (HTML, CSS et JavaScript), sans framework, ces boîtes à outils qui servent d’ordinaire à accélérer le développement. Leses prototypes de tennis, basket, football et autres ont été écrits en C# avec Blazor, une technologie de Microsoft, restent d’ailleurs à l’écart de la version actuelle. Quant aux tests, ils se limitent à « quelques copains » enthousiastes et à un directeur d’école séduit.
En matière de données, le projet part plutôt sur de bonnes bases. La progression reste sur l’appareil, aucun compte n’est exigé et la sauvegarde en ligne, facultative, est chiffrée. Ce chiffrement, basé sur l’algorithme standard AES-GCM, se fait directement dans le navigateur avec une clé tirée du code famille, avant que les données ne rejoignent les serveurs d’Upstash, le service d’hébergement de bases de données. Des comptes parents classiques, avec e-mail et mot de passe, sont en développement mais pas encore en service, nous confirme le papa de Liam. Chaque leçon générée transite toutefois par un serveur, et la conformité au RGPD, cruciale quand il s’agit d’enfants, reste à préciser, mais il est encore tôt. Yaniv Adjedj, qui s’occupe lui-même de cette sécurisation, promet de bons points de contrôle et « un harness digne de ce nom », autrement dit un cadre pour contrôler et tester l’application.
La prochaine étape sera un essai grandeur nature dans la classe de Liam, d’ici quinze jours à un mois. Aucun modèle économique n’est à l’ordre du jour. « Il n’y a pas de volonté de faire des bénéfices, c’est encore un enfant », sourit son père.
Pour lui, l’intérêt est ailleurs, à savoir « voir comment un enfant est capable d’exploiter des nouvelles méthodes d’apprentissages ». Sur ce terrain-là , la feuille griffonnée de Liam a déjà livré une belle démonstration. Et de très jolies promesses.
Source: Clubic


