Après des ruptures difficiles, de nombreuses femmes, victimes de partenaires manipulateurs, ont continué à subir leur emprise. Leurs anciens compagnons utilisaient des appareils connectés de la maison, contrôlés à distance, avec un objectif: les faire douter de leur perception de la réalité.
Le gaslighting à l’ère de la maison connectée. Provenant de la pièce de théâtre Gas Light de 1938, cette forme de manipulation mentale devient plus complexe et prennent une dimension glaçante quand elle s’étend aux appareils connectés du foyer qui peuvent être contrôlés à distance. L’objectif est toujours le même: faire douter la victime de sa perception de la réalité et de sa santé mentale.
Régler le chauffage, allumer la lumière depuis son smartphone… Le rêve de la domotique se transforme en véritable cauchemar pour les conjoints victimes de maltraitance ou d’abus. Car même après la séparation, certains de ces partenaires manipulateurs cherchent encore à faire du mal à leur ancienne moitié.
Ils utilisent de nombreuses tactiques pour garder leur emprise, relate le Financial Times. Ils peuvent ainsi changer l’heure de l’horloge pour que la victime arrive en retard ou rate un rendez-vous, par exemple, ou allumer la télévision à plein volume pour perturber son sommeil… Une nouvelle forme de harcèlement qui a diverses appellations comme « contrôle coercitif facilité par la technologie » ou encore « abus assisté par la technologie ».
Manipulation à distance
C’est ainsi qu’au Royaume-Uni, une femme connue sous le pseudo d’Ellen a été manipulée par son ex-mari alors qu’elle avait déménagé pour prendre un nouveau départ. Profitant de la chaleur du soleil qui baignait la pièce un matin, elle a été perturbée dans ce moment de tranquillité par le son d’une chanson de rap à plein volume et dont les paroles étaient menaçantes. Il provenait d’une enceinte dans son appartement, mais le morceau en question n’était, lui, pas dans sa playlist.
Alors qu’elle a fini par penser qu’elle avait imaginé cet incident à cause de la fatigue, son enceinte a de nouveau diffusé une chanson intimidante un autre jour. Et un autre. Elle a compris que c’était probablement son ex-mari, qui contrôlait à distance l’objet connecté. Après avoir manipulé psychologiquement et maltraité son ancienne partenaire pendant des décennies, il essayait encore de la faire souffrir.
Une autre femme a, elle, découvert que son ancien partenaire écoutait ses conversations via ses enceintes connectées. C’était pire pour une autre, dont le logement est devenu inconfortable voire invivable à cause de son ancien compagnon qui modifiait les réglages de la chaudière et du chauffage.
Des violences facilitées par l’IA générative
Non seulement, ces manipulateurs peuvent contrôler les appareils de la maison depuis un autre quartier, une autre ville ou même un autre pays, l’IA générative leur facilite aussi la tâche. Alors que les auteurs de ce type de violences ne pouvaient compter que sur les forums pour échanger leurs idées, cette technologie facilite le regroupement d’informations et « accélère les préjudices », a alerté Emma Pickering, responsable du pôle Violences facilitées par la technologie et autonomie économique de Refuge.
Luttant contre les violences conjugales, cette association britannique a enregistré une hausse de 78% des signalements transmis pour des cas d’abus facilité par la technologie et économique entre avril 2025 et mars 2026.
« Auparavant, les criminels devaient se rendre à différents endroits, un site pour télécharger un logiciel espion par exemple. Aujourd’hui, tout est facile à trouver grâce à l’IA », a déclaré Emma Pickering au quotidien économique.
« Urgence mondiale »
Et les répercussions sur les victimes sont potentiellement considérables. Dans un article du British Journal of Social Work relayé par le Financial Times, des chercheurs évoquent ainsi un sentiment de perte de confiance, d’intimité et de contrôle. Associé à la peur, il a mené les victimes à « remettre en question leur propre perception de la réalité », ont-ils ajouté. Ce phénomène inquiète même le maire de Londres, Sadiq Khan, qui l’a qualifié d' »urgence mondiale » en mai dernier.
« L’évolution rapide de la technologie a offert aux hommes de nouveaux espaces et moyens pour surveiller, harceler et contrôler les femmes et les filles à l’aide d’appareils du quotidien », avait-il déploré. Il a ainsi lancé un fonds de six millions de livres sterling afin de combattre un large éventail de violences facilitées par la technologie (cyberharcèlement, etc.).
s appareils devraient prendre des mesures pour mieux les sécuriser face à ce danger. Elle conseille aussi aux victimes de déconnecter ces appareils du domicile, invitant à s’y prendre avec prudence car cela peut alerter l’ex-conjoint. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Ellen. Elle s’est débarrassée de l’ensemble de son équipement électronique et a de nouveau déménagé. « Je me sens détendue, mais… je reste toujours très prudente », a-t-elle confié au Financial Times.
Source: BFM


