Meta va procéder à une nouvelle vague de licenciements et prévoit de couper les budgets de certains de ses sous-traitants. L’un d’eux, spécialisé dans l’étiquetage de contenus IA et la modération, pourrait devoir se séparer de plus de 700 personnes qui craignent d’être remplacées par des IA qu’elles ont elles-mêmes entraînées.
Quel avenir pour la modération des contenus en Europe sur les réseaux sociaux pilotés par Meta? Jusqu’ici préservée, elle pourrait s’avérer à l’avenir plus compliquée alors que l’entreprise s’apprête à couper les budgets de certains de ses sous-traitants.
L’un d’eux, Covalen, est situé à Dublin, en Irlande, et plus de 700 personnes pourraient être impactées, révèle Wired qui a eu connaissance d’un mail interne. Ce sous-traitant gère notamment la modération et l’étiquetage de contenus générés par intelligence artificielle.
« On entraîne l’IA à prendre notre place »
Interrogé par Wired sous couvert d’anonymat, un salarié de Covalen estime qu’il a « entraîné l’IA à prendre le contrôle de (leurs) emplois » et à « imiter » leurs actions. Lundi, il a fait partie des employés informés lors d’une visioconférence des licenciements à venir.
Quelque 500 des emplois menacés servent à vérifier que les contenus générés par les modèles d’IA de Meta respectent les règles de l’entreprise et repèrent facilement les contenus dangereux et illégaux. « En réalité, on entraîne l’IA à prendre notre place », déplore un salarié.
Certains doivent également élaborer des stratagèmes visant à contourner les garde-fous, notamment sur la génération d’images pédocriminelles. Un « travail éprouvant », témoigne Nick Bennett, un autre salarié. « Tu passes ta journée à te faire passer pour un pédocriminel ».
C’est la seconde fois que Covalen est contraint de réduire ses effectifs. En novembre 2025, elle avait déjà annoncé le licenciement de près de 400 employés. Une grève s’en était suivie. Au total, selon le Syndicat des travailleurs dans les télécommunications, les effectifs devraient être réduits de moitié en moins de six mois.
Une clause qui empêche de retrouver un travail
Cette décision a été prise alors que Meta a annoncé un nouveau plan massif de licenciements qui va concerner 8.000 personnes, soit 10% de ses effectifs. C’est la seconde fois en trois mois que le géant des réseaux sociaux procède à un tel plan, d’une ampleur similaire, depuis janvier dernier. L’objectif est de « gérer l’entreprise plus efficacement et de compenser les investissements », avait indiqué le groupe, qui est engagé dans une course effrénée à l’intelligence artificielle, avec des investissements qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars.
Mais pour les futurs ex-salariés de Covalen, la recherche d’un nouvel emploi risque d’être complexe: une clause dans leur contrat les empêche de travailler dans une entreprise concurrente de Meta. Une mesure légale, mais « indigne », selon les concernés. Les syndicats entendent faire disparaître cette clause lors des négociations.
Ils ont aussi demandé à rencontrer un représentant du gouvernement irlandais pour parler de la manière dont les entreprises de la tech – très présentes dans le pays en raison d’une fiscalité avantageuse – traitent leurs salariés et comment l’IA pourrait contribuer à créer « des jobs jetables ». « Les travailleurs devraient avoir le droit de refuser de former les IA qui les remplaceront », martèle le syndicat UNI Global Union pour qui il est « absolument essentiel que les travailleurs s’organisent et exigent un préavis concernant l’introduction de l’IA, une formation liée à l’emploi et un plan pour leur avenir. »
« C’est une bataille universelle entre les travailleurs à col blanc opprimés et les grandes entreprises capitalistes, » confie Nick Bennett, qui craint un dialogue « qui ne va que dans un sens », et certainement pas celui des salariés.
Source:


