Dix jours après leur départ de Floride, les quatre astronautes d’Artemis II ont amerri à 2 h du matin à l’heure panaméenne dans le Pacifique au large de San Diego, à bord de la capsule Orion baptisée Integrity. Ils reviennent de plus loin que n’importe quel être humain avant eux : 406 771 kilomètres de la Terre.
Les plongeurs de l’US Navy et les astronautes d’Artemis II, à bord d’un radeau pneumatique, sont approchés par des hélicoptères et héliportés vers le navire de récupération après avoir quitté le vaisseau spatial Orion de la NASA. Ce dernier transportait le commandant d’Artemis II, Reid Wiseman, le pilote Victor Glover et la spécialiste de mission Christina Koch de la NASA, ainsi que le spécialiste de mission Jeremy Hansen de l’ASC (Agence spatiale canadienne)
Un amerrissage historique que celui de l’équipage de la mission Artemis II, cette nuit, heure de Paris. La rentrée atmosphérique s’est faite à Mach 33, une vitesse que l’on n’avait plus vue depuis les missions Apollo des années 1960 et 1970.
Pendant six minutes, la capsule a disparu dans un cocon de plasma incandescent, pendant lesquelles toute communication avec Houston a été coupée. Puis les parachutes se sont ouverts, et le contrôleur de mission Rob Navias a annoncé un amerrissage parfait. Les familles réunies dans la salle de visionnage du centre de contrôle ont applaudi deux fois : à la fin du blackout radio, puis au contact avec l’eau.
À bord : le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover, la spécialiste de mission Christina Koch, première femme à frôler la Lune, et le Canadien Jeremy Hansen, premier non-Américain à en faire autant. Le 6 avril dernier, ils avaient franchi le record de distance établi par Apollo 13 en 1970, pour atteindre 406 771 km de la Terre. Jeremy Hansen avait alors lancé depuis la capsule : « Nous choisissons ce moment pour défier notre génération et la suivante, afin que ce record soit de courte durée ».
Couleurs inédites, impacts en direct : ce que la Lune ne leur a pas caché
Le survol de la face cachée a duré près de sept heures. L’équipage a observé 30 sites lunaires, dont certains au pôle Sud qui pourraient abriter de l’eau glacée. Mais au-delà du catalogue, c’est la qualité des observations humaines qui a surpris les scientifiques. Selon Caroline-Emmanuelle Morisset, scientifique à l’Agence spatiale canadienne, les observations directes des astronautes en trois dimensions permettent de voir des nuances de couleurs et de textures inaccessibles aux images de télescopes ou de sondes.
Pour Christina Koch, spécialiste de mission, les cratères récents ressemblaient à des abat-jours percés de trous minuscules, d’une luminosité bien supérieure au reste de la surface. Victor Glover, le pilote, a repéré des teintes vertes sur le plateau d’Aristarchus, probablement du terrain volcanique selon les chercheurs au sol, et des nuances de brun ailleurs. Pendant l’éclipse, l’équipage a aussi observé plusieurs flashs d’impacts de petites météorites frappant la surface lunaire, au grand enthousiasme du centre de contrôle.
Ces données sur la fréquence des impacts seront utiles pour concevoir les habitats des futures missions, car sur la Lune, même les micrométéorites frappent sans être ralenties par une atmosphère.
Artemis III va devoir entamer des chantiers, de vannes défaillantes en bouclier abîmé
La mission n’a pas été sans accrocs. Les systèmes d’eau potable et de propergol ont tous deux subi des problèmes de vannes à bord de la capsule. L’administrateur de la NASA Jared Isaacman l’a dit en direct à l’équipage : « On va devoir réparer la plomberie ». Des défauts mineurs, mais qui s’ajoutent à un autre problème détecté lors du seul vol précédent d’Orion en 2022, sans équipage cette fois : le bouclier thermique était revenu avec une surface aussi criblée que la Lune. Autant de points que les ingénieurs devront corriger avant Artemis III, prévue l’année prochaine pour un entraînement à l’amarrage avec un atterrisseur lunaire en orbite terrestre.
Juste après le record de distance, l’équipage a demandé à baptiser deux cratères anonymes : l’un Integrity, comme leur vaisseau, l’autre Carroll, du nom de l’épouse du commandant Reid Wiseman, morte d’un cancer en 2020. Ce dernier a d’ailleurs versé quelques larmes d’émotion pendant que Jeremy Hansen formulait la demande à Mission Control, et les quatre astronautes se sont étreints.
Artemis IV prévoit de poser deux astronautes près du pôle Sud en 2028. Victor Glover, depuis la capsule, avait averti que le terrain y est plus accidenté et plus difficile à traverser qu’ailleurs sur la Lune.
Source : NASA


